Sur les fresques des temples égyptiens, on peut voir ces femmes d'il y a 3000 ans aux yeux démesurément agrandis. Ce sont pour elles que les égyptiens ont inventé l'alambic. Ce dernier, à l'origine, ne servait pas à la distillation de l'alcool, alors même que les égyptiens étaient de bons brasseurs, de bons viticulteurs, qu'ils aimaient la bière et le vin. Leurs alambics, ils les réservaient aux parfums et aux fards, notamment à un fard pour les paupières à base d'antimoine qu'on appellera plus tard le Khôl.

    Ce sont les arabes qui ont donné son nom à l'alambic après lui avoir apporté quelques perfectionnements : al ambik = le vase (imbix chez les Gréco-Egyptiens). Ce sont eux également qui ont baptisé le fameux fard à paupière égyptien : al Khôl qui signifie l'essence, le parfum, illustrant par la même qu'il s'agit bien d'un produit de la distillation.

    L'alambic égyptien ressemble trait pour trait à celui de nos premiers distillateurs. Il comporte quatre pièces :
  • La chaudière ou cucurbite qui a la forme d'un gros oignon. C'est là que l'on introduit les liquides à distiller ;
  • Le chapiteau qui recouvre la chaudière. Il se prolonge par un tuyau dont le nom "col de cygne" évoque suffisamment la forme ;
  • Le serpentin, tube en spirale plongé dans une solution réfrigérante où viennent se condenser les vapeurs en provenance de la chaudière ;
  • La pipe ou cuve de récupération pour recueillir le liquide qui coule du serpentin.


    Ce sont les recherches des alchimistes qui, au moyen âge, donneront naissance à "l'eau de vie". En 1300, Messire Arnaud de Villeneuve, médecin du roi d'Aragon, professeur aux universités de Paris et de Montpellier présente à son confrère et compatriote Ramon Lull les résultats extraordinaires qu'il a obtenus avec le liquide clair et subtil, pur comme de l'eau de roche, qu'il a su tirer de ses cornues d'alchimiste. Il attribue à cet "esprit" la vertu d'une "eau de jouvence". La prospérité, qui devait faire de Ramon Lull "le prince des alchimistes", lui attribue autant qu'à Arnaud de Villeneuve l'invention de la distillerie. Leur trait de génie fut de distiller le vin. Ainsi, dans son Testamentum novissimum, Ramon Lull énonce-t-il :
"Prenez du vin blanc ou rouge qui soit limpide et de bon goût. Mettez-le dans un verre bien bouché et exposez-le en digestion pendant 20 jours à une douce chaleur, afin que les parties qui le composent puissent se séparer plus facilement. Vous distillerez ensuite au bain de sable sur feu très lent pour obtenir de l'eau de vie. Rectifiez cette eau ardente autant de fois que nécessaire pour l'avoir sans flegmes. Vous obtiendrez ainsi la quinte essence ou esprit de vin."
    Chauffé, filtré, évaporé, le vin se fait "esprit". Ramon Lull vit dans l'alcool un cinquième élément : la "quinte essence", dont Dieu n'avait pas révélé l'existence à l'homme parce qu'il contenait un principe de haute spiritualité. "Esprit" de vin n'était donc pas un vain mot.



    Pendant plus d'un millénaire ce sont les plantes que l'on appelle "les Simples" qui ont constitué la base de la pharmacopée. Les moines soignants, du Moyen âge au XVIIIème siècle, sont de tradition des herboristes et d'habiles apothicaires. Si pour les alchimistes, le grand oeuvre restait le rêve de transmuer le métal vil en or, pour les moines, c'est la recherche d'un élixir de longue vie qui les préoccupe.
    Les moines ont rapidement associé "l'esprit de vin" à leurs macérations de plantes séchées ou fraîches. Dès lors, que de recherches, d'études, de combinaisons, d'espoirs autour autour des cornues, des chaudrons, des alambics improvisés au fond des monastères ! Quelles courses dans les montagnes à la poursuite de l'herbe miraculeuse ! Mais longtemps cette eau-de-(longue)vie resta âpre et brûlante, ces solutions de plantes bien amères. Aussi pensa-t-on à leur ajouter du miel. Le premier qui y goûta ne trouva pas l'idée mauvaise : il venait d'inventer la liqueur.
   
    Les premières liqueurs sont des remèdes, des "potions magiques" et , dans la droite lignée de l'ésotérisme alchimiste, les secrets de fabrication, composition et tour de main, sont jalousement préservés. Ainsi, jusqu'à la Révolution, seuls les couvents, les congrégations, et les apothicaires auront le droit de vendre des liqueurs. Puisque l'eau-de-vie est réputée être une eau-de-jouvence, durant tout un temps, on hésite entre la cosmétique et la confiserie : l'élixir, comme on l'appellera encore longtemps, devait-il garder le mauvais goût d'un médicament, ou bien prendre le bon goût d'une gourmandise ?
    Le mieux était bien sûr de réussir les deux à la fois, "des liqueurs saines et gracieuses". Rapidement, la liqueur médicamenteuse va donc chercher à plaire et à joindre l'utile à l'agréable.

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